Présente en Asie centrale depuis plusieurs décennies, la SCP poursuit aujourd’hui son développement dans cette région stratégique. Dès les années 1980, elle menait déjà des missions au sein de l’URSS, notamment autour de la télégestion de canaux en Crimée et dans d’autres républiques. Plus récemment, en 2010, elle intervenait en Ouzbékistan dans la vallée de la Ferghana pour l’automatisation d’ouvrages de contrôle.
Aujourd’hui, la dynamique s’accélère : convaincue de la pertinence de son savoir-faire, la SCP ambitionne de renforcer sa présence dans ces pays qui doivent faire face à des enjeux majeurs liés à la gestion de l’eau.
Dans des territoires où l’irrigation reste largement gravitaire et est confrontée à des usages multiples, l’expertise de la SCP constitue un levier-clé pour accompagner la transition hydrique, énergétique et agricole.
Visite et présentation à l’Institut des ingénieurs en irrigation et mécanisation agricole de Tachkent.
DES PROJETS RÉCENTS ET STRUCTURANTS
Moderniser l’irrigation : le défi du canal de Suenli au Karakalpakstan
Depuis 2023, les équipes de la SCP ont engagé, pour le compte de l’AFD et du ministère des Ressources en eau de la République d’Ouzbékistan, une étude de modernisation du système irrigué du canal de Suenli, à l’ouest du pays.
Construit en 1941 à l’époque soviétique, ce vaste système, alimenté par les eaux de l’Amu Darya, issues des massifs montagneux du Kirghizstan et du Tadjikistan, a permis d’irriguer jusqu’à 200 000 hectares, principalement dédiés à la culture du coton. Mais aujourd’hui, ce modèle montre ses limites :
- irrigation gravitaire peu efficiente (170 000 hectares concernés),
- salinisation des sols,
- diminution drastique des ressources en eau disponibles,
- impact grandissant du changement climatique.
Face à ces constats, la modernisation devient urgente.
du système Suenli.
L’objectif est ambitieux : rénover 116 000 hectares d’ici 2040, tout en améliorant significativement l’efficacité de l’usage de l’eau. À défaut, c’est l’équilibre agricole et social de toute la région qui est menacé, alors que 70 % de la population dépend de l’agriculture.
La SCP a pour mission d’accompagner cette transition en profondeur. Au-delà des infrastructures, il s’agit de repenser les modalités de gestion de l’eau et les modèles agricoles en favorisant des cultures moins consommatrices en eau, tout en intégrant des technologies modernes comme la télégestion et l’irrigation sous pression.
Les bénéfices attendus sont multiples : accès à l’eau à la demande, développement de l’irrigation localisée, réduction des prélèvements et amélioration de la productivité.
Préserver les écosystèmes : les lacs de la mer d’Aral sous surveillance
Dans le prolongement du projet Suenli, la SCP a mené une étude spécifique sur deux lacs situés en bordure de la mer d’Aral, Sudochye et Mashankul, dans la région du Karakalpakstan.
Ces lacs revêtent une importance majeure sur plusieurs points :
- écologique, en tant que zones Ramsar abritant une biodiversité exceptionnelle et des espèces migratrices, et environnementale, face à des variations critiques de leurs niveaux d’eau ;
- économique, car ils soutiennent les activités de pêche et les ressources locales.
La diminution des apports fluviaux et les prélèvements incontrôlés en amont fragilisent fortement ces écosystèmes. La préservation de ces zones humides est donc essentielle pour maintenir l’équilibre écologique et socio-économique régional.
Grâce à des outils avancés de télédétection, les équipes de la SCP ont analysé sur 8 ans l’évolution hydrologique et des écosystèmes de ces lacs. Cette approche a permis d’établir un bilan hydrique et de définir les débits minimums biologiques pour leur sauvegarde en modélisant différents scénarios de gestion de la ressource. Les conclusions sont claires : une gestion adaptative et intégrée de l’eau est indispensable. L’étude préconise notamment :
- une meilleure coordination des usages ;
- l’intégration de la gestion des lacs dans le système global Suenli ;
- et le développement de programmes de sensibilisation auprès des communautés locales.
Samarcande : un projet porteur de nouvelles opportunités
Parmi les perspectives en cours, le projet des jardins de Samarcande illustre le potentiel de développement de la SCP en Asie centrale.
Ce projet prévoit la conversion à l’irrigation sous-pression de 5 000 hectares en aval d’un barrage d’une capacité de 17 millions de m³. Aujourd’hui, le système de canaux gravitaires entraîne des pertes d’eau estimées à 60 %.
La transition vers un réseau sous pression permettrait de récupérer jusqu’à 80 % de la ressource.
Les retombées seraient significatives :
- optimisation de l’irrigation pour l’arboriculture et le maraîchage,
- réduction du recours au pompage diesel,
- production d’hydroélectricité grâce au turbinage, sécurisation de l’approvisionnement alimentaire pour Samarcande, deuxième ville du pays avec plus de 540 000 habitants.
Au-delà de l’enjeu technique, ce projet constituerait une vitrine du savoir-faire de la SCP et un point d’entrée vers de nouvelles collaborations dans la région.
Cette transformation passe également par un renforcement des capacités locales. Les équipes de la SCP ont ainsi engagé un dialogue étroit avec les acteurs clés du territoire, notamment avec l’Institut des ingénieurs en irrigation de Tachkent. Une coopération prometteuse se dessine entre la France et l’Ouzbékistan, illustrée par le projet Qoratepa, visant à former une nouvelle génération d’ingénieurs aux techniques d’irrigation modernes.
Une expertise au service des transitions hydriques
À travers ces projets, la SCP confirme son positionnement en tant qu’acteur de référence de la gestion durable de l’eau à l’international. En Asie centrale, ses interventions s’inscrivent au cœur des grands défis contemporains : adaptation au changement climatique, transition énergétique, sécurité alimentaire et préservation des écosystèmes.
et mécanisation agricole de Tachkent.